Le calendrier recommande en ce mois de janvier de souhaiter « une belle et heureuse année » à ses interlocuteurs et je me plie volontiers à la coutume pour les lecteurs assidus de notre « Lettre de la Performance Economique ».

L’évocation de la « beauté » m’offre ainsi un sujet idéal pour cet éditorial, avec une question : l’esthétique et la performance sont-elles liées ? La beauté contribue-t-elle à la performance ? La performance induit-elle la beauté ?

Tentons de dénouer ce questionnement à travers les travaux que nous menons avec nos clients, depuis bientôt 13 années, en s’appuyant sur quelques exemples précis, dans nos trois domaines d’expertise : l’ingénierie des coûts, les chantiers de compétitivité et la projection économique.

La construction d’un modèle de coût complet par activité (Activity Based Costing) pourrait, au premier abord, ne pas alimenter la thèse d’une contribution esthétique. Intégrer de nombreux fichiers de données de coûts, d’unités d’œuvres, d’inducteurs de coûts, y appliquer de nombreuses règles d’affectation, bref, des chiffres pour générer des chiffres : comment y trouver une quelconque esthétique. En regardant de plus près, ce qui fait la force de cette approche, c’est justement d’aller plus loin que le simple calcul financier : c’est rédiger de façon soigneuse la désignation des activités, pour qu’elle donne du sens aux équipes opérationnelles qui vont utiliser le modèle (j’explique souvent qu’un bon modèle de coûts doit donner des « émotions », positives ou négatives, à ceux qui l’utilise, pour déclencher l’action), c’est mettre en forme pour surprendre, partager, faire comprendre, la structure de coût, notamment sous la forme qui généralement remporte le plus de succès auprès de nos interlocuteurs : l’arbre de coût. On constate ainsi que c’est la forme la plus esthétique d’un modèle économique, qui provoque le plus grand effet.

Passons au « Design to Cost ». Le premier constat est que l’ambiguïté de la traduction du mot « design » ouvre la porte à ma démonstration, entre traduction formelle « conception » et utilisation du mot « design » pour désigner les activités créatives autour de la forme, le tout lié à une finalité de performance économique : « to Cost ». Dans la pratique, on constate que la recherche de la performance d’un produit, d’une pièce au sein d’un produit, est souvent contributrice à l’esthétique globale, ou qu’inversement, la recherche d’une esthétique peut ouvrir la porte à des solutions alternative plus performantes. Ainsi, la simplification d’une pièce, la réduction du nombre de composants, l’utilisation de matières plus performantes, la simplification de la transformation de la matière, apportent généralement une réelle contribution à l’esthétique du produit.

Interrogeons-nous à présent sur la simulation économique : bâtir un modèle virtuel, économique et technique, pour imaginer des scénarios variés de stratégie d’entreprise qui peuvent aboutir à des réalisations très concrètes comme la construction d’une nouvelle usine. Dénouer la complexité, expliciter les facteurs de dimensionnements et d’influence, apporter une mesure à l’incertain pour faciliter la décision, permettre l’alignement de toute une entreprise autour d’une vision comprise par tous, là aussi est une recherche fondamentale de l’esthétique qui rend accessible ce qui était auparavant invisible, concret ce qui pouvait être incompréhensible.

J’espère à travers cette réflexion, avoir au minimum apporté un regard décalé sur notre quotidien, au-delà, vous avoir convaincu que la recherche de Performance, cette exigence personnelle et collective, peut s’exprimer sous une forme positive : la recherche de l’esthétique.